11-10-2025

Et si derrière chaque consommation se cachait une tentative de survie ?

L’adolescence et le passage à l’âge adulte sont bien souvent synonymes d’instabilité et de défis. Les changements hormonaux, le désir d’autonomie et la volonté de se définir en tant qu’individu s’accompagnent pour beaucoup de jeunes de problèmes de santé mentale. En effet, un nombre de plus en plus important d’adolescents vivent des troubles d’anxiété, de dépression ou de TDAH. Aujourd’hui, nous observons une montée en flèche du phénomène d’automédication chez ces jeunes vivant avec des troubles de santé mentale.

 

Un phénomène bien présent au Canada, au Québec et au Nouveau-Brunswick

La détresse psychologique chez les jeunes est une réalité partout au pays.

  • Au Canada, 1 jeune sur 5 vit avec un trouble de santé mentale et 70 % des troubles apparaissent avant l’âge de 18 ans.
  • Au Québec, les jeunes de 15 à 24 ans sont parmi les plus à risque d’éprouver des troubles de santé mentale ou de consommation.
  • Au Nouveau-Brunswick, environ 57 % des jeunes ne considèrent pas avoir une très bonne santé mentale. Les jeunes issus de groupes marginalisés sont encore plus touchés. La solitude et le manque de soutien peuvent augmenter les risques de dépression, d’anxiété et de consommation.

 

La réalité des jeunes consommateurs chez Portage

En 2022, 75 % des adolescents inscrits aux programmes de Portage ont un diagnostic de problème de santé mentale en plus de leur trouble d’usage de substances (TUS).

  • 50 % présentent un trouble de déficit de l’attention avec/sans hyperactivité (TDAH)
  • 23 % présentent de l’anxiété
  • 10 % présentent un trouble d’anxiété généralisé
  • 10 % présentent une dépression diagnostiquée

Bien que nous ne puissions pas établir de corrélation entre l’usage de substances et les diagnostics de troubles de santé mentale, il est intéressant de remarquer que l’écrasante majorité des jeunes consommateurs qui ont recours à des services de réadaptation en dépendance tels que Portage présentent ce genre de troubles concomitants.

 

Pourquoi les jeunes s’automédiquent

« Je projetais cette image d’être le jeune cool en consommant, mais en vrai, j’essayais de cacher un sentiment de solitude profond. Le sentiment d’être à part, de ne pas faire partie du groupe. » — James, jeune en traitement

Les jeunes ne consomment pas toujours pour « faire la fête » ou « se rebeller ». Pour beaucoup, la consommation est une tentative de gérer une douleur intérieure. L’anxiété, le TDAH, la dépression, les troubles de l’humeur — tous peuvent créer un sentiment d’inconfort constant, difficile à exprimer ou à comprendre.

Plusieurs jeunes rapportent utiliser le cannabis pour calmer leur anxiété, ou l’alcool pour dormir. D’autres vapotent pour se sentir moins stressés. Selon des statistiques canadiennes, plus d’un tiers des jeunes qui vapotent le font pour gérer leur stress.

Le manque d’accès aux services joue aussi un rôle : au Nouveau-Brunswick, moins de la moitié des jeunes ayant des besoins précoces en santé mentale ont accès à des services communautaires. Ce vide peut pousser les jeunes à chercher des solutions par eux-mêmes — souvent en consommant des substances.

Enfin, les réseaux sociaux peuvent normaliser la consommation ou la rendre attrayante. Quand un jeune voit ses pairs consommer sans conséquences apparentes, il peut croire que c’est une façon acceptable de gérer sa détresse.

 

Les risques de l’automédication

Si l’automédication peut offrir un soulagement temporaire, elle comporte des risques importants. Les substances peuvent aggraver les symptômes des troubles de santé mentale, créer une dépendance, nuire aux relations sociales et scolaires, et même entraîner des problèmes judiciaires.

« Il y a un lien étroit entre la consommation et la santé mentale chez les jeunes. À cet âge-là, ils n’ont pas acquis les compétences nécessaires pour gérer leurs émotions. Pour eux, consommer des drogues ou de l’alcool devient une façon plus facile de faire face à leur souffrance, d’éviter la tristesse, ou d’oublier un traumatisme. »  - Perla Coronado, intervenante à Cassidy Lake, centre pour adolescents et jeunes adultes, Portage

Les jeunes qui consomment pour se soulager sont plus susceptibles de développer un trouble mental plus grave. De plus, au Canada, au moins 20 % des personnes ayant un trouble mental vivent aussi avec un trouble lié à l’usage de substances — on parle alors de troubles concomitants.

L’automédication peut aussi retarder l’accès à des soins appropriés, car le jeune croit avoir trouvé une solution. Ce retard peut rendre le rétablissement plus difficile et plus long.

 

Reconnaître les efforts collectifs

Il est évident que les jeunes vivent une détresse réelle, et que l’automédication est une réaction fréquente à ce mal-être. Les gouvernements provinciaux, dont celui du Nouveau-Brunswick, ont reconnu cette réalité et ont annoncé des actions concrètes pour améliorer l’accès aux services en santé mentale et en dépendance. Ces efforts sont essentiels, et ils s’inscrivent dans une volonté collective de mieux soutenir les jeunes.

 

Comment aider un jeune qui vit ces défis

Reconnaître l’automédication, c’est le premier pas. Parler à un jeune, l’écouter sans jugement, l’orienter vers des ressources comme Portage — c’est lui offrir une chance de transformer sa vie.

« Je n’ai jamais dit à ma famille ce que je traversais. Je me sentais très isolé d’eux. Je n’avais pas l’impression de pouvoir me confier à eux, et ils n’étaient pas très bavards non plus. Pourtant, au fond de moi, je sentais que je devais parler — à eux, à d’autres personnes — et chercher de l’aide. » James, jeune en traitement

Portage offre des programmes spécialisés pour les jeunes aux prises avec des problèmes de consommation et de santé mentale. Grâce à une approche thérapeutique, du soutien par les pairs et un encadrement clinique, les jeunes peuvent retrouver un équilibre et l’espoir d’une vie sans consommation. À Portage, les jeunes apprennent à nommer leur douleur et à la comprendre. Ils découvrent qu’ils ne sont pas seuls, et que des solutions existent.

Pendant la Semaine nationale de sensibilisation aux dépendances, partageons ce message : l’espoir existe, et il commence par une conversation. Parlez-en autour de vous, relayez les ressources, et surtout, écoutez les jeunes. L’espoir commence par une conversation.

 

 

Autres sources pertinentes :

https://www.statcan.gc.ca/o1/fr/plus/7642-les-problemes-de-sante-mentale-sont-en-hausse-chez-les-jeunes

 

 

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