02-22-2021

Le 15 mars dernier, en raison de la situation relative à la COVID-19, nous avons été contraints de changer notre façon d’offrir nos services afin de respecter les mesures mises en place par la santé publique. Nous avons misé sur des services virtuels, mettant ainsi provisoirement un terme à nos activités en présentiel avec les clients.

Cependant, compte tenu de la nature de notre offre de service, nous avons rapidement constaté que l’intervention à distance avait ses limites, particulièrement avec une clientèle vulnérable. Plusieurs personnes se sont vite retrouvées isolées et stigmatisées. Rapidement, nous avons noté un désengagement, un retour à la consommation et une augmentation de la détresse psychologique pour plusieurs. La nécessité de reprendre nos services à temps plein, selon la formule habituelle, devait donc se faire dans les plus brefs délais, et ce, pour assurer le bien-être psychologique des personnes qui fréquentent notre centre.

Grâce au Fonds d’urgence pour l’appui communautaire d’@EDSC.GC et géré par @centraidequebec nous avons pu aménager nos locaux et faire l’acquisition du matériel nécessaire à nos activités. Depuis mai dernier, nous desservons comme à l’habitude les clients aux prises avec une problématique de dépendance. Merci à Centraide pour ce précieux soutien.

Isolement : Vers la découverte de soi

Fuite de la réalité. 

Réveil prompt. Pas le temps de réfléchir, il faut partir. Consommer, puis partir vite, pour éviter le trafic du matin. Arrêter dans un café, acheter une amandine et une boisson chaude sur le pouce. Repartir en vitesse, pour ne pas manquer le premier rendez-vous de la journée. Des appels, de la paperasse, compter l’inventaire, gérer l’argent, les assurances, des interactions sociales, des crises. Un travail un peu insignifiant, mais bien payé. Se dépêcher de quitter, pour manger une bouchée au resto du coin, consommer, puis repartir, plus vite, plus productif. S’entraîner, courir toujours plus vite. S’habiller à la va-vite, rejoindre des amis au bistro pour le 5 à 7 puis au bar pour finir la journée. Consommer encore et toujours, mais c’est normal, tout le monde fait ça ! Retour chez soi, dernière consommation de la journée, pour se relaxer. Prochain réveil : dans trois heures. Répétition du même train de vie trépidant. 

Détachement de la réalité.

Puis, plus rien. Au mois de mars dernier, tout a chamboulé… Ou presque. Une seule chose demeure, « essentielle » : la consommation. La SAQ, la SQDC, le dépanneur du coin, tous arborant leurs affiches néons « OUVERT ». 

Jonathan, comme plusieurs autres qui consommaient autrefois socialement, continuait en solo. Il tentait tant bien que mal de vivre, comme il l’avait toujours fait, avec les faibles substituts qui ne sustentaient rien, au fond… Il télé-travaillait, présentant un vague hologramme de lui-même dans une case miniature au coin de son ordinateur aux lumières artificielles.

L’humanité semblait se dissiper complètement.

Isolé, il ne parlait qu’à quelques personnes, sporadiquement. En fait, la plus grande interaction qu’il entretenait était le petit hochement de tête poli qu’il échangeait avec son voisin de balcon, signifiant qu’ils savaient que l’autre était vivant.

Somme toute, Jonathan était seul. Dans un monde de machines. 

Introspection. 

En fait, la seule vraie nouveauté qu’a apportée la pandémie, c’est le temps de réfléchir. Cette introspection a culminé une soirée d’avril, alors que Jonathan s’était installé sur son balcon pour consommer, vers 9 heures du soir. Son voisin l’a vu, l’a salué. Le lendemain matin, alors qu’il sortait à nouveau pour faire l’épicerie, il vit Jonathan, posté au même endroit que la veille. Il consommait toujours, près de douze heures plus tard. Son voisin lui demanda comment il allait vraiment, avec une sincère inquiétude dans la voix. Cette préoccupation le réveilla de sa torpeur, réalisant que son mode de vie, même du point de vue extérieur, était malsain. 

Ce fut difficile à accepter. Les amis de Jonathan ne le reconnaissaient pas lorsqu’il était à jeun, comme si cela définissait son identité. Il consommait non seulement pour geler ses émotions négatives, mais pour s’évader de sa vraie nature. Les drogues étaient non seulement normalisées, mais elles le «normalisaient». 

Retour à la réalité.

Finalement, Jonathan a enfin pris le temps de prendre soin de lui-même. Il est allé chercher de l’aide à Portage, qui lui a offert tous les outils pour se reconstruire et découvrir qui il est vraiment. La thérapie présentielle a été essentielle à son rétablissement, car c’était une approche humaine qui lui manquait terriblement. Il souhaite d’ailleurs retourner aux études très prochainement, dans le domaine de l’intervention sociale, pour redonner ce qu’il a reçu. 

Aujourd’hui, Jonathan affirme être très reconnaissant de son parcours. La vie fait bien les choses, et il est conscient que sans l’isolement forcé qu’a engendré la pandémie mondiale, peut-être n’aurait-il jamais cessé sa consommation intense, ni même réalisé qu’elle était un problème en premier lieu.

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