{"id":19019,"date":"2017-10-16T12:10:03","date_gmt":"2017-10-16T17:10:03","guid":{"rendered":"https:\/\/portage.hamakmarketingnumerique.com\/fr\/?p=19019"},"modified":"2019-04-15T12:26:44","modified_gmt":"2019-04-15T17:26:44","slug":"mieux-comprendre-laddiction","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/portage.ca\/fr\/mieux-comprendre-laddiction\/","title":{"rendered":"L\u2019exp\u00e9rience du Rat Park : mieux comprendre l&rsquo;addiction"},"content":{"rendered":"\n\t<h5><strong>La substance toxique n\u2019est pas l\u2019unique responsable de l&rsquo;addiction<\/strong><\/h5>\n<p class=\"lead\">La communaut\u00e9 scientifique a longtemps cru que l&rsquo;addiction \u00e0 l\u2019alcool ou aux autres types de drogues \u00e9tait caus\u00e9e par les propri\u00e9t\u00e9s addictives intrins\u00e8ques \u00e0 ces substances toxiques. En utilisant le dispositif exp\u00e9rimental de la bo\u00eete de Skinner, invent\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, les scientifiques observaient en effet que les rats, maintenus captifs et isol\u00e9s, s\u2019auto-administraient de la drogue. Ils en conclurent que les drogues induisaient naturellement la d\u00e9pendance, transformant ceux qui les consommaient en toxicomanes.<\/p>\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/portage.ca\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/neurfig5-183x200.jpg\" alt=\"neurfig5\" \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le rat de laboratoire convient aux protocoles de l\u2019exp\u00e9rimentation animale, car son g\u00e9nome compte autant de g\u00e8nes que celui de l\u2019humain.\u00a0Tous les g\u00e8nes humains associ\u00e9s \u00e0 des maladies ont leur \u00e9quivalent dans le g\u00e9nome du rat.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5><\/h5>\n<h5><strong>L\u2019\u00e9tude du <em>Rat Park<\/em><\/strong><\/h5>\n<p>En menant en 1978 une \u00e9tude qui prenait en compte l\u2019environnement du sujet \u00e9tudi\u00e9, le psychologue canadien Bruce K. Alexander allait r\u00e9volutionner notre compr\u00e9hension du ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019addiction. Comme l\u2019humain, le rat est de nature sociale et adore le contact et la communication avec ses comparses. Confin\u00e9 et isol\u00e9 dans un endroit \u00e9troit et contigu o\u00f9 une substance narcotique serait librement fournie, l\u2019humain, comme le rat, n\u2019h\u00e9siterait pas \u00e0 y recourir de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9t\u00e9e pour contrer l\u2019ennui, la solitude, l\u2019isolement, bref, des conditions de vie n\u00e9fastes \u00e0 son bien-\u00eatre.<\/p>\n<p>Alexander et ses coll\u00e8gues ont donc construit un <em>Rat Park<\/em> pour 16 \u00e0 20 rats m\u00e2les et femelles, un v\u00e9ritable parc de jeux paradisiaque, avec des roues d\u2019exercices, des balles pour jouer, de la nourriture et un endroit pour s\u2019accoupler. Une s\u00e9rie de th\u00e9ories posant l\u2019hypoth\u00e8se que l\u2019environnement joue un r\u00f4le d\u00e9terminant dans le d\u00e9veloppement de la d\u00e9pendance \u00e0 une substance toxique, en l\u2019occurrence la morphine, ont \u00e9t\u00e9 v\u00e9rifi\u00e9es sur quatre groupes de rats.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/portage.ca\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/maxresdefault-830x467rat-park-300x169.jpg\" alt=\"maxresdefault-830x467rat park\" \/><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Toutes les conclusions des exp\u00e9riences d\u2019Alexander sur le Rat Park confirment l\u2019importance des interactions sociales dans le d\u00e9veloppement de la d\u00e9pendance. Or, si la vie sociale du toxicomane est un des param\u00e8tres du probl\u00e8me, elle devrait logiquement \u00eatre int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la solution.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Deux distributeurs de liquide ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9s au <em>Rat Park<\/em>\u00a0: l\u2019un contenant de l\u2019eau du robinet et l\u2019autre, une solution \u00e0 base de morphine. Contrairement aux rats en confinement solitaire, les rats du <em>Rat Park<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><strong>[1]<\/strong><\/a><\/em> :<\/p>\n<ul>\n<li>Consommaient 19 fois moins de liquide \u00e0 base de morphine au cours d\u2019une exp\u00e9rimentation;<\/li>\n<li>R\u00e9sistaient \u00e0 la morphine et pr\u00e9f\u00e9raient de loin l\u2019eau du robinet;<\/li>\n<li>Choisissaient l\u2019eau du robinet d\u00e8s qu\u2019ils quittaient leur cage, m\u00eame s\u2019ils s\u2019\u00e9taient habitu\u00e9s \u00e0 la morphine pendant 57 jours;<\/li>\n<li>Ont toujours d\u00e9montr\u00e9, malgr\u00e9 les diff\u00e9rents tests, un \u00e9tat de d\u00e9pendance inf\u00e9rieur \u00e0 ceux des rats \u00e9lev\u00e9s seuls en cage.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Toutes les conclusions des exp\u00e9riences d\u2019Alexander sur le <em>Rat Park<\/em> confirment l\u2019importance des interactions sociales dans le d\u00e9veloppement de la d\u00e9pendance. Or, si la vie sociale du toxicomane est un des param\u00e8tres du probl\u00e8me, elle devrait logiquement \u00eatre int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la solution.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5><strong>Une \u00e9tude reconnue par les sp\u00e9cialistes de la toxicomanie<\/strong><\/h5>\n<p>Cette \u00e9tude, publi\u00e9e en 1981, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 favorablement re\u00e7ue, car elle allait \u00e0 l\u2019encontre de la \u00ab\u00a0preuve\u00a0\u00bb ant\u00e9rieure que la d\u00e9pendance \u00e9tait cr\u00e9\u00e9e par la substance elle-m\u00eame. Plusieurs \u00e9tudes ont confirm\u00e9 les conclusions du <em>Rat Park<\/em> et la majorit\u00e9 des psychologues et des sp\u00e9cialistes de la toxicomanie reconnaissent aujourd\u2019hui que la d\u00e9pendance est un ph\u00e9nom\u00e8ne tant mental que physique. L\u2019humain n\u2019a pas \u00e0 s\u2019isoler physiquement, comme le rat en cage, pour devenir d\u00e9pendant \u00e0 une substance; l\u2019isolement \u00e9motionnel (la solitude) suffit. La drogue et l\u2019alcool constituent un moyen d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 d\u2019y \u00e9chapper, d\u2019amenuiser la douleur, d\u2019aller mieux.<\/p>\n<p>Mon parcours personnel est particuli\u00e8rement \u00e9difiant \u00e0 ce propos. Dans mon article pr\u00e9c\u00e9dent, <a href=\"\/?p=19008\"><u>Les deux visages de la toxicomanie<\/u><\/a>, je r\u00e9v\u00e8le \u00e0 quel point le monde ext\u00e9rieur \u00e9tait pour moi une prison, et non pas un parc de jeux. T\u00e9tanis\u00e9e par la vie et ses al\u00e9as, j\u2019\u00e9tais oblig\u00e9e de prendre quotidiennement un m\u00e9dicament, une substance psychoactive, pour me sentir normale en soci\u00e9t\u00e9 et affronter les choses les plus \u00e9l\u00e9mentaires de la vie, telles que sortir de chez moi, prendre l\u2019autobus, voir des gens, manger (oui, je sais, c\u2019est bizarre, mais je souffrais d\u2019\u00e9m\u00e9tophobie, la peur de vomir), etc. La vie, tellement angoissante pour moi, ne valait pas la peine d\u2019\u00eatre v\u00e9cue sans l\u2019aide cruciale d\u2019une minuscule pilule blanche appel\u00e9e benzodiaz\u00e9pine. Une substance \u00ab\u00a0toxique\u00a0\u00bb, mais l\u00e9gale, car prescrite par un m\u00e9decin. J\u2019ai compris, apr\u00e8s avoir d\u00e9velopp\u00e9 une forte accoutumance et \u00eatre devenue toxicomane, que cette drogue affectait les m\u00eames r\u00e9cepteurs du cerveau que l\u2019alcool. Je prenais litt\u00e9ralement de l\u2019alcool sous forme de pilule.<\/p>\n<p>Le centre de r\u00e9adaptation en d\u00e9pendance que j\u2019ai int\u00e9gr\u00e9 pour me sortir de mon enfer a accueilli la personne que j\u2019\u00e9tais telle quelle, sans me juger, en m\u2019expliquant que la premi\u00e8re \u00e9tape vers mon r\u00e9tablissement \u00e9tait justement d\u2019arr\u00eater de me juger aussi s\u00e9v\u00e8rement (je le faisais syst\u00e9matiquement, sans m\u2019en rendre compte) et d\u2019accepter la situation dans laquelle je me trouvais. Et ce fut extr\u00eamement lib\u00e9rateur d\u2019admettre \u00e9vidence\u00a0: j\u2019\u00e9tais dans un sale \u00e9tat et j\u2019avais besoin d\u2019aide. Je devais changer mon environnement, physique et psychologique, afin d\u2019apprendre \u00e0 faire de ce monde mon parc de jeux.<\/p>\n<h5><strong>Portage savait d\u00e9j\u00e0 ce que le <em>Rat Park<\/em> d\u00e9montrerait quelques ann\u00e9es plus tard<\/strong><\/h5>\n<p>Le 14 f\u00e9vrier 1973, le premier centre de <a href=\"\/?page_id=13177\">Portage ouvrait ses portes au Lac \u00c9cho<\/a>, \u00e0 Pr\u00e9vost dans les Laurentides. Un groupe de citoyens montr\u00e9alais, dirig\u00e9s par le pr\u00e9sident actuel M. Peter A.\u00a0Howlett et sa m\u00e8re, Alphonsine Par\u00e9 Howlett, s\u2019alarmaient de la progression de la toxicomanie dans la ville. Le centre du Lac \u00c9cho se voulait une solution \u00e0 ce probl\u00e8me social. Le nom Portage a \u00e9t\u00e9 choisi, car il d\u00e9crivait bien le processus de r\u00e9adaptation, qui am\u00e8ne ceux qui s\u2019y engagent \u00e0 puiser dans leurs forces personnelles pour surmonter ce qui entrave leur chemin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/portage.ca\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Portage-lac-Echo-1970s-2-landscape-286x200.jpg\" alt=\"Portage-lac-Echo-1970s-2-landscape\" width=\"286\" height=\"200\" \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Situ\u00e9 en pleine for\u00eat et au pied d\u2019un lac, dans un cadre champ\u00eatre et apaisant, le centre permet aux r\u00e9sidents d\u2019effectuer un retour aux sources, de se confronter \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, et de s\u2019exprimer avec authenticit\u00e9. Avec les intervenants, ils forment un groupe d\u2019entraide, une communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique avec laquelle tout un chacun doit apprendre \u00e0 coexister.<\/em> <\/p>\n<p>1973 : premier centre de Portage au Lac \u00c9cho<\/p>\n<p>Huit ans avant la publication de l\u2019\u00e9tude du <em>Rat Park, <\/em>Portage cr\u00e9ait un environnement adapt\u00e9 et th\u00e9rapeutique pour accueillir les toxicomanes. Vraisemblablement avant-gardiste, Portage privil\u00e9giait d\u00e9j\u00e0 le changement d\u2019environnement et l\u2019int\u00e9gration \u00e0 une communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique pour briser le cycle de la d\u00e9pendance.<\/p>\n<p>Situ\u00e9 en pleine for\u00eat et au pied d\u2019un lac, dans un cadre champ\u00eatre et apaisant, le centre permet aux r\u00e9sidents d\u2019effectuer un retour aux sources, de se confronter \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, et de s\u2019exprimer avec authenticit\u00e9. Avec les intervenants, ils forment un groupe d\u2019entraide, une communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique avec laquelle tout un chacun doit apprendre \u00e0 coexister. Vingt-et-une comp\u00e9tences et habilet\u00e9s sociales <em><u>(<\/u><\/em><u><em><a href=\"https:\/\/portage.ca\/fr\/blogue\/briser-le-cycle-de-la-dependance-lhistoire-de-philippe-portage\/\">Briser le cycle de la d\u00e9pendance\u00a0: l\u2019histoire de Philippe \u00e0 Portage<\/a>)<\/em><\/u> sont enseign\u00e9es au cours de 6 phases bien structur\u00e9es formant le processus de r\u00e9adaptation. Les r\u00e9sidents qui compl\u00e8tent le programme de Portage obtiennent une v\u00e9ritable bo\u00eete \u00e0 outils pour r\u00e9apprendre \u00e0 vivre et \u00e0 g\u00e9rer le quotidien sans retomber dans le pi\u00e8ge initialement s\u00e9duisant des drogues (et alcool) comme solution aux probl\u00e8mes de la vie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Isabelle Fortin<\/p>\n<p>Bloggeuse pour Portage<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lire la suite:<\/p>\n<p><a href=\"\/?p=19056\">Sommes-nous tous \u00e9gaux devant l\u2019addiction?<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Alexander, B.K., Beyerstein, B.L., Hadaway, P.F. &amp; Coambs, R.B. (1981). The effects of early and later colony housing on oral ingestion of morphine in rats. Pharmacology, Biochemistry, &amp; Behavior, 15, pp. 571-576.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La substance toxique n\u2019est pas l\u2019unique responsable de l&rsquo;addiction La communaut\u00e9 scientifique a longtemps cru que l&rsquo;addiction \u00e0 l\u2019alcool ou aux autres types de drogues \u00e9tait caus\u00e9e par les propri\u00e9t\u00e9s addictives intrins\u00e8ques \u00e0 ces substances toxiques. En utilisant le dispositif exp\u00e9rimental de la bo\u00eete de Skinner, invent\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, les scientifiques observaient&#8230;  <a href=\"https:\/\/portage.ca\/fr\/mieux-comprendre-laddiction\/\" class=\"more-link\" title=\"Read L\u2019exp\u00e9rience du Rat Park : mieux comprendre l&rsquo;addiction\">Read more &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":19004,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":"","_links_to":"","_links_to_target":""},"categories":[154],"tags":[],"class_list":["post-19019","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-blogue"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/portage.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19019","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/portage.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/portage.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/portage.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/portage.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=19019"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/portage.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19019\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/portage.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19004"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/portage.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=19019"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/portage.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=19019"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/portage.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=19019"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}