05-06-2017

Le jeudi 4 mai 2017, le centre TSTM de Portage, le programme pour toxicomanes souffrant de problèmes de santé mentale, a ouvert ses portes aux différents protagonistes du milieu de la santé afin de partager son expertise. Pour cette occasion, le père d’un ancien résident est venu témoigner du parcours de sa famille, plongée dans les affres du désespoir que cause le trouble concomitant de la toxicomanie et de la santé mentale. Portage a été pour elle une bouée de sauvetage. Voici un témoignage émouvant d’une réalité méconnue.

Nous avons connu le programme de Portage en octobre 2015. Depuis quelques années déjà, la consommation de notre fils était devenue hautement problématique et il venait de recevoir un diagnostic de trouble de santé mentale, accompagné d'une médication et d'un suivi intensif en milieu de vie.

En tant que parents, la confirmation d'un diagnostic nous apportait des réponses à nos questions et un éclairage nouveau sur les problèmes vécus durant les dernières années. Nous avons compris qu‘il y avait une raison qui motivait ses comportements anormaux! Ce n'était pas seulement la drogue!

À partir de l'annonce du diagnostic, nous avons mis de côté le problème de consommation parce que nous nous sommes dit qu’on allait lui donner la bonne médication qui contrôlera ses symptômes, que le suivi intensif en milieu de vie allait l‘aider à se remettre sur le droit chemin et que tout allait rentrer dans l'ordre !! La vie pourra donc reprendre!

C’était totalement erroné de penser ainsi. Notre fils a refusé catégoriquement son diagnostic et ne voyait surtout pas l'utilité d'arrêter ou de diminuer sa consommation, parce que selon lui, il n'avait pas de problème.

Ça été le début d'une année extrêmement difficile où nous avons vu notre enfant s'enfoncer, se détruire à petit feu, perdre la notion du temps, des gens et de ce qui l'entoure parce que la consommation prenait toute la place et que la psychose n‘était pas loin. Nous l’avons vu:
• ne plus se laver;
• avoir faim;
• arriver en pleine nuit à la maison pour demander à manger;
• dormir la nuit dans le parc de l'école;
• commencer à commettre des gestes illégaux (des entrées par effraction, des vols);
• se faire arrêter par la police, et enfin,
• se faire réhospitaliser.

Notre fils a débuté le programme de Portage par obligation et sans trop y croire: la psychiatre lui avait donné le choix entre deux organismes, il a naturellement choisi le programme le plus court!

À notre plus grande surprise, il s’est bien intégré au programme. Est-ce en raison de sa volonté de s'en sortir et d'utiliser les moyens mis à sa disposition? Le principe de la communauté thérapeutique du programme de Portage l’influençait-il? La confiance que les différents intervenants ont eue envers lui et qu’il a eue envers eux était-elle la raison de ce changement? Aucune idée ! Toujours est-il qu'il est resté et qu'on a rapidement communiqué avec nous pour participer au groupe de soutien pour la famille. Sans l’insistance des intervenants, nous ne serions probablement jamais allés et cela, pour toutes sortes de raisons, plus mauvaises les unes que les autres!!!

Nous nous sommes donc présentés un mercredi soir, de reculons, assez stressés à l'idée de devoir mettre nos tripes sur la table, peur de craquer juste à l'idée de parler de nous et de notre vécu! Nous en sommes ressortis étonnés, un peu sous le choc d'avoir autant bénéficié de cette première rencontre. Pour la première fois, nous avons eu l'impression de parler le même langage que les autres parents. C'était extrêmement soulageant, rassurant et cela brisait l'isolement dans lequel nous étions depuis plusieurs années.

À travers ce lieu de rencontres, d’échanges et de partages, le groupe est devenu rapidement un de nos points de référence. L'expérience vécue par les autres parents était grandement formatrice.

De plus, nous avons toujours ressenti de la part de l’animateur du groupe familial un immense respect et une totale absence de jugement envers chacun des parents présents lors de ces rencontres, peu importe le cheminement et le ressenti de chacun! Jamais non plus de réponses toutes faites ou de solutions miracles à nous proposer, mais une grande écoute et une animation en lien avec les besoins du moment.

Participer au groupe de soutien nous a fait aussi comprendre qu’il est impossible de dissocier problème de santé mentale et toxicomanie. Ce sont deux aspects de la problématique qui doivent être pris en considération dans la réhabilitation et la réinsertion sociale, et cela, Portage l’a compris.

Un des aspects les plus importants du programme de Portage, selon nous, c'est qu'il permet aux familles de travailler en équipe avec les intervenants. Trop souvent, les autres institutions (comme le milieu médical) prennent toute l'information que donne la famille, mais le retour d’ascenseur se fait toujours au compte-gouttes sous prétexte du droit à la confidentialité. Pourtant, c'est nous qui sommes aux premières lignes, dans les bons moments comme dans les moins bons!

Alors au fil des mois, avec ce sentiment de ne plus être seule comme famille, nous avons vu notre fils commencer à revivre, à se prendre en main tranquillement, avec évidemment des hauts et des bas! Le contact avec les intervenants nous permettait d'avoir un portrait plus global de notre fils et de son cheminement.

Un énorme travail d'acceptation de sa maladie a été fait. À un certain moment de son cheminement, notre fils a accepté d'admettre qu'il était malade et il a commencé à apprivoiser cette nouvelle réalité. Les relations avec les intervenants et les autres garçons du programme ont eu un impact majeur. Il a commencé à comprendre et à accepter que les gens autour de lui étaient là pour l'aider.

Notre fils a évolué et nous également. Notamment, entre autres, grâce aux sorties accompagnées le week-end à la maison. Sorties qui, en principe, servent à rétablir le lien de confiance avec la famille. La première fois, nous avons eu un choc d'apprendre que notre fils avait une autorisation de sortie de 24 heures, qu'il aimerait bien que ça se passe à la maison, et qu’il serait accompagné d'un autre résident. Nous avons eu peur: deux pour le prix d'un! C'était extrêmement angoissant de savoir qu’il allait revenir dormir à la maison parce que les seuls souvenirs que nous avions en tête étaient ceux d'avant Portage, alors que plus aucune confiance n'était possible et que la situation était invivable. De l'appréhension face aux premières sorties, il y en avait beaucoup!

Finalement, nous avons été très privilégiés de pouvoir rencontrer ces autres jeunes qui vivent eux aussi des difficultés similaires et qui partageaient leur quotidien avec notre fils. Leur présence, au début, a même allégé l'atmosphère, détendu l'ambiance,et ramené une normalité dans nos conversations que nous n'avions plus comme famille à cause des dommages causés par les dernières années. Nous avons eu des discussions, des échanges, des fous rires même, sur des sujets comme la consommation, la maladie mentale et leur vécu personnel. C'était très enrichissant! Ce contact plus personnalisé avec d'autres résidents nous a aidé à apprivoiser la maladie et à accepter les différences.

Aujourd'hui, notre fils est à 1000 lieux de là où il était avant Portage. Il commence à s'épanouir. Il a réussit son programme, vit maintenant dans les appartements supervisés de Portage et surtout, il continue d'avancer malgré les difficultés rencontrées. Nous sommes très fiers de lui et nous éprouvons un immense respect pour l'homme qu'il est en train de devenir.

Le chemin qu'il vient de parcourir avec Portage est incroyable. Comme parents, ce chemin nous a permis de retrouver un fils que l'on pensait disparu pour toujours.
Et ça, c'est inestimable.

Merci pour tout!

Parent d'un ancien résident du programme TSTM.