01-27-2021

Les liens entre toxicomanie et troubles de la santé mentale sont très étroits et se nourrissent l’un l’autre. Confronté à une double problématique, les personnes aux prises avec ces problèmes sont bien souvent confrontés au manque de ressources disponibles, à la lenteur du système et à l’isolement.

Un système à bout de souffle

Le 3 mars 2020, la ministre de la Santé de l’Ontario annonçait un investissement sans précédent de 25 millions de dollars pour la restructuration complète du système de prise en charge des problèmes de santé mentale et de la toxicomanie. Visant à raccourcir drastiquement les délais des diagnostiques de santé mentale et de toxicomanie, la ministre annonçait alors que le plan : « guidera les grands changements et la transformation systémique dont nous avons besoin. ». Un peu plus tôt dans l’année, l’organisme Santé mentale pour enfants Ontario publiait une étude montrant que les temps d’attente pour les services en santé mentale avait plus que doublé en deux ans et qu’à ce jour, 28,000 jeunes étaient en attente de prise en charge dans la province. L’investissement, bien que salué unanimement par les hôpitaux et les organismes communautaires, ne serait pas suffisant pour réduire les listes d’attente. Les organismes estiment eux, qu’il faudrait un investissement de 380 millions de dollars pour y pallier.

Au Québec, le problème est identique et perdure depuis des années. Le gouvernement a également promit un investissement d’urgence de 31 millions de dollars aux services en santé mentale sur l’année 2020. Néanmoins, les hôpitaux et les organismes en santé mentale tirent la sonnette d’alarme depuis des années. La légalisation du cannabis avait, en 2018, amené le débat sur la place publique. Plusieurs experts s’inquiétaient alors des effets sur les jeunes populations de la consommation de cannabis et des troubles concomitants associés. La psychiatre montréalaise Amal Abdel-Baki œuvre à la détection précoce de la psychose chez les jeunes, surtout ceux de la rue. Selon elle, une intervention rapide permet d’éviter une détérioration de cette maladie mentale. Elle révélait lors d’une entrevue à Radio-Canada que : « 50% des jeunes qui souffrent de troubles de santé mentale et qui sont dans la rue sortaient du système de protection de la jeunesse, se retrouvant alors sans logement, sans revenus et sans suivi en santé mentale. ». Elle ajoute que 45% des jeunes qu’elle soigne dans son programme du CHUM ont des problèmes de dépendance au cannabis. Interrogée sur le bon fonctionnement du système de santé québécois, elle livrait un constat sans appel. Selon elle, le système est bon et les ressources existent pour traiter les problèmes de santé mentale et de toxicomanie mais l’accès à ces ressources est extrêmement complexe par manque de moyens.

La situation est très précaire et les investissements peinent à arriver dans un système déjà affaibli. Dans cette tourmente, les femmes confrontées à une double problématique de santé mentale et de dépendance sont devenues un enjeu majeur pour l’organisme Portage. Ces dernières sont nombreuses à avoir besoin d’aide et l’accès aux services de soins relève parfois du véritable parcours du combattant.

Les invisibles

La maladie mentale est taboue au sein de la société. Elle est pourtant un mal bien contemporain et prend des formes très diverses. Ces problèmes, telle que la schizophrénie, n’impactent pas uniquement la personne malade mais également l’entourage qui se retrouve souvent démunie et incompris. La mère d’un ancien résident du programme s’exprime sur cet isolement : « Malheureusement dans notre société la santé mentale est taboue et la dépendance n’est pas quelque chose qu’on parle avec fierté. On ne peut pas en parler à n’importe qui, et si par chance on trouve une bonne oreille, la compréhension est loin d’être au rendez-vous. Le jugement est vite présent. »

« Je n’arrivais plus à rien faire, je ne faisais que survivre. Lorsque j’ai reçu le diagnostic du trouble schizo-affectif, j’ai commencé une médication qui me donnait plein d’effets secondaires. Je suis tombée en dépression et j’ai recommencé à consommer. » raconte une finissante du programme TSTM pour femmes de Portage. Les exemples de cette jeune femme sont nombreux au sein du programme de Portage pour toxicomanes souffrant de problèmes de santé mentale. Situé au centre ville de Montréal, ce programme ouvert aux femmes en mai 2018 a permis la prise en charge d’une clientèle démunie, sans logement, sans avenir. Les personnes qui se présentent pour intégrer le programme TSTM, diagnostiqués avec des troubles mentaux, ont bien souvent fait plusieurs séjours à l’hôpital ce qui leur ont value une médication soutenue. Comme la jeune femme qui témoignait ci-dessus, beaucoup arrêtent les médicaments pour les effets secondaires qu’ils produisent, se réfugiant alors dans la drogue. Par manque de moyens, ils glissent lentement vers la rue et l’itinérance. Ces personnes deviennent alors extérieur au système, quasi invisibles.

Une main tendue

Au milieu des années 90, Portage s’inquiétait de voir augmenter les diagnostiques de problèmes de santé mentale chez les personnes toxicomanes. Cette clientèle spécifique avait besoin de soins supplémentaire et d’une prise en charge adaptée. Antonio Maturo, directeur du programme TSTM témoigne : « C’est en 1995 que Portage a évalué les besoins d’une clientèle différente qui ne pouvait pas être admise dans les programmes déjà mis en place. Une clientèle qui avait des problèmes de santé mentale et qui nécessitait une équipe médicale spécialisée pour pouvoir entamer le processus de réadaptation en toxicomanie (…) Je suis très admiratif de la clientèle du TSTM. Je la côtoie tous les jours depuis 13 ans et je la vois se battre contre l’adversité de la santé mentale et de la toxicomanie. Le rayonnement de plusieurs anciens résidents est incroyable, dont trois anciens du programme qui sont maintenant intervenants. »

Des programmes tel que le TSTM pour femmes ne sont pas légion au Québec. C’est grâce à la Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance d’Emploi et Développement social Canada et à l’aide de la Fondation Portage via les généreux donateurs du secteur privé qu’il est permis d’entrevoir une éclaircie dans la vie de ces femmes en situation difficile. Le programme offre une alternative viable entre l’hôpital et l’itinérance. Lors de son inauguration officielle, il y a plus d’un, Peter A. Howlett, président de Portage exprimait sa joie et sa reconnaissance de le voir sur pied : « Cela faisait plusieurs années que Portage souhaitait mettre en place ce programme. Celui pour hommes existait déjà, mais il y avait un manque criant pour offrir le service aux femmes et nous sommes heureux que les donateurs se soient mobilisés pour en assurer le maintien. ».

En janvier 2021, le programme affiche toujours complet et la demande ne faiblit pas. En revanche, les fonds, nécessaires au maintien d’un tel programme, ne suivent pas. Les personnes en situation difficile sont toujours aussi nombreuses et la crise sanitaire de la COVID-19 a impacté un système déjà à l’agonie.

Obtenez des conseils et des astuces pour prendre soin de sa santé mentale en ces difficiles en consultant notre blog.

Pour la majorité des gens, le plus difficile est de demander de l’aide. Pour connaître vos options de traitement et savoir comment Portage peut vous aider, veuillez cliquer ici ou composer le 514-935-3431.

Journée Bell Cause

Que vous preniez le temps d’écouter un être cher ou d’encourager un ami à demander de l’aide, en santé mentale, maintenant plus que jamais, chaque geste compte. À l’occasion de la Journée Bell Cause pour la cause, nous avons tous l’occasion de faire entendre notre voix. Joignez-vous à la conversation aujourd’hui, le 28 janvier.

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